Quand je serai grande, j’arrête le ping pong !

Le ping-pong, un sport médical reconnu, très très pratiqué (surtout par les spécialistes), et extrêmement frustrant pour les pauvres étudiants qui, comme moi, sont contraints et forcés d’y jouer quand les chefs aiment à y jouer…

 

Ce soir, une patiente s’est présentée aux urgences pour un mal de crâne à se fendre la tête contre les murs. Les urgences générales ne l’ont pas reçues… Elle porte un gros bidon, quel que soit son problème, elle est envoyée aux gynécologues aux urgences de la maternité. PING !

(soit dit en passant, c’est une politique universelle pour nos urgences générales. Une femme enceinte, qu’elle vienne pour un saignement de nez, un petit doigt cassé ou une entorse de cheville, est envoyée sans être examinée à la maternité. D’ici que le problème soit gynéco ou qu’elle explose en salle d’attente…)

 

Nous la recevons avec ma chef, elle grimace horriblement, pas besoin qu’elle nous le dise, ça se voit qu’elle souffre vraiment beaucoup !

Comme nous prenons au moins le temps de sortir son dossier, et de lui parler, on apprend qu’elle a une malformation du crâne. Un syndrome d’Arnold-Chiariaccompagné d’une syringomyélie. Je le dis parce que je trouve ces noms jolis.

En fait, chez elle, le trou situé à la base du crâne à travers lequel la moëlle épinière sort pour entrer dans la colonne vertébrale est trop serré. Du coup la moëlle épinière est comprimée, ce qui cause des névralgies terribles, ce qui se traduit par des douleurs à type de décharges électriques, dans toute la tête, le visage, le dos, les bras, le cou… … …

C’est un problème de neurochirurgical, ou éventuellement neurologique.

 

Mais son neurologue, ainsi que son neurochirurgien, lui ont arrêté tous ses traitements au début de sa grossesse, dès fois que ça serait problématique. Et ne veulent plus la voir avant son accouchement. D’ici là, dès fois qu’elle explose, encore une fois, elle est enceinte, donc elle ira voir les gynécologues. PONG !

 

Comme son syndrome donne des douleurs chroniques presque insupportables, elle est aussi suivie par un centre anti-douleurs. Mais encore une fois, d’ici qu’elle explose… PING !

 

Alors je m’enquiers de ses précédents traitements. Elle prenait du Skénan, del’Actiskénan, et du Rivotril.

Un petit tour sur lecrat.org (un site très utile pour les médecins, donnant les médicaments autorisés ou non pendant la grossesse et l’allaitement et le risque éventuel pour l’enfant), et j’apprends que la Morphine (les 2 premiers médocs) n’a aucune contre-indication durant la grossesse. Aucune risque malformatif non plus, si ce n’est, en cas d’usage prolongé, un risque de sevrage à la naissance de l’enfant (sevrage que l’on sait prendre en charge, même si ce n’est pas l’idéal, et que l’on prend en charge en cas, par exemple, de mère droguée). En ce qui concerne leRivotril, pas de contre-indication non plus. Un léger risque de petite taille, et de trouble du rythme foetal, ainsi que de diminution des mouvements du bébé. Rien qui ne soit décelable par une surveillance rapprochée.

 

Alors je propose de la remettre sous Rivotril, et de lui donner un coup de Morphinedans les fesses, moyennant une surveillance rapprochée du monitoring foetal, des échographies, et ne donner de Morphine que ponctuellement en milieu hospitalier.

Proposition à moitié acceptée seulement. Certes, l’idée est bonne, et d’ailleurs on va finir par lui mettre sa Morphine dans la fesse droite, mais “qui suis-je, moi gynéco, pour remettre à la patiente un traitement neurologique que le neurologue avait pris sur lui d’arrêter ?”. Malheureusement, la question se tient aussi, pas de Rivotril.

L’idée de la gynécologue de garde, c’était de la soulager avec la Morphine, et puis la renvoyer chez elle pour que son médecin traitant la revoit. PONG !

 

Bon, j’ai un peu insisté (je ne suis pas sûre que ça ait été bien pris, mais ça me faisait mal au coeur de la voir se tordre de douleur), et du coup j’ai eu le droit de passer plein de coups de fil pour avoir le neurologue de garde de l’hôpital KB (où elle a un jour été suivie), qui m’a dit d’appeler plutôt le neurochirurgien de garde (PING !), qui m’a dit qu’il ne pouvait rien faire, puis sous mon insistance qu’il allait voir avec son chef de garde (PONG !), et nous rappeler ensuite (ce qu’il n’a en fait pas fait).

 

C’est super frustrant cette histoire de ping-pong, en fait… Même si je sais à quoi c’est dû. Dans le cas de femmes enceintes plus encore, la vie des médecins est rythmée par la trouille du procès. Si on lui met du Rivotril, le neurologue dira “ben moi j’avais arrêté”. Tu fais pas un procès pour juste douleurs. Et même si les risques sont assez faibles, en cas de souci lié au traitement, le procès est quasi inévitable…

 

Mais en tant que médecin généraliste, j’aurai cette chance de pouvoir collaborer avec les spécialistes, même si j’aimerais que les spécialistes le fassent entre eux. Je serai le trait d’union pour faire tomber le filer du ping-pong…

Cette femme, si ça n’avait tenu qu’à moi, j’aurais directement téléphoné au neurochirurgien en chef (parce que l’interne à qui j’ai parlé au téléphone, il avait l’air de pas s’y connaître du tout !), j’aurais pris tous les médocs un par un, et on aurait élaboré un plan d’attaque à deux ! Mais le ping-pong est trop ancré dans les pratiques médicales…

 

J’ai hâte d’être grande et de pouvoir casser tout ça !…

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~ par docnmama sur 23/02/2013.

Une Réponse to “Quand je serai grande, j’arrête le ping pong !”

  1. Je me retrouve là encore tout à fait, moi interne à la maternité, accueillant les urgences « dites » gynécologiques ou obstétricales…
    « dites » parce que comme tu le dis, les urgences générales avaient une fâcheuse tendance à envoyer aux urgences gynécologiques tout ce qui avait un gros bidon… « bonjour je suis enceinte et j’ai une crise de migraine » heu…

    Les gynécologues estimant que ce n’était pas de leur ressort, c’est bibi avec son fidèle ami le CRAT qui essayaient de prendre en charge ces femmes du mieux possible, un peu contre tous…

    J’ai même du me battre contre les sage-femmes pour garder quelques heures une femme enceinte qui avait de violentes douleurs abdominales, mais pour laquelle on avait éliminé un problème obstétrical… zou dehors avec ses douleurs. Non, on va lui donner des anti douleurs, et faire un bilan au moins ! Qu’avais-je osé faire…;)

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