Récit de mon accouchement

Avertissement : J’ai écrit ce texte sous les conseils d’une amie, pour exorciser, pour me rappeler, c’est un moment de ma vie, un des plus importants.
Je l’ai écrit sans aucune pudeur, il peut choquer, il est intime. Je le publie parce que ce blog est celui de ma vie, aussi, mais je comprends que certaines personnes puissent en être choquées. Autant vous reconnaître dès le début et ne pas lire, si une telle lecture ne vous intéresse pas ou risque de vous perturber…

NAISSANCE DE CLEMENT

L’accouchement

Mardi 26 mars, à 8h45, j’ai rendez-vous pour le déclenchement de l’accouchement.
Depuis des mois, je vis dans la peur de faire naître un bébé prématuré. La peur et la culpabilité, parce que tout ça à commencé quand j’ai placé trop de choses sur mes frêles épaules : le boulot, que je gère entièrement sans demander d’allègement alors que mes chefs sont prêts à me laisser travailler les 4 mois dans un service plus calme, et pourtant je souhaite apprendre à fond et donc je décide d’aller quand même assurer le service des urgences… La grossesse. La thèse, à peine enceinte j’ai fait un tour de France pour récupérer des témoignages, au moins 3 heures de train par jour pendant une semaine… Et les projets perso, aussi… Le déménagement, même si j’en ai peu fait. La déco du nouvel appart. Un projet de tournage sur les lieux du stage, que j’ai heureusement annulé avant le vrai début, sentant la fatigue pointer. Les cours de piano. Du stress, physique, que j’ai toujours connu et que je pensais gérer jusqu’au bout.
Et puis sont venues les contractions, la peur, l’arrêt de travail, encore la peur, et la culpabilité parce que c’est moi qui me suis fait ça, qui ai fait risquer la prématurité à mon bébé.
Et puis est arrivée la date où j’ai eu le droit de souffler : les 37 semaines d’aménorrhée. Bébé ne sera pas prématuré, c’est certain. Alors je me permets de me lever à nouveau, on se permet quelques petites sorties, des restaus… Puis les jours s’égrenant, on s’autorise de plus en plus de choses : des balades, la « méthode italienne », chanter, danser (à la st Patrick par exemple, faisant peur à toutes les dames de la salle, on s’est bien déhanchés, on s’est bien amusés), de la voiture sur des petites routes cahoteuses…
Bébé va toujours bien, mais il est bien, au chaud dans mon ventre, et il ne se décide pas à sortir.
Alors on se couche, le soir du 25 mars, sachant que le lendemain verrait naître notre tout petit. Autant dire que la nuit ne fût pas de tout repos… Stress et excitation mêlés.
Gabriel m’emmène dans la future chambre de notre bébé, et me prévient que la prochaine fois que j’y retournerai, ce sera pour y installer notre fils. On profite un instant de la chambre, puis au moment où je sors, il la ferme à clé : on ne l’ouvrira à nouveau que pour notre fils. Le symbole est très beau et me fait beaucoup de bien.
C’est le 26 mars, nous peaufinons nos sacs et valises, prenons nos douches, un petit déjeuner pour Papa, moi je n’ai le droit qu’à boire et manger quelques fruits secs, une fois arrivée à la maternité, je n’aurai plus le droit de manger, j’ai été prévenue gentiment. Je me suis renseignée avec mon projet de naissance, aucune mauvaise surprise à l’horizon, je sais ce qui m’attend. Dommage de ne pas pourvoir manger, mais je le comprends, je sais pourquoi, on m’a bien expliqué, donc je l’accepte.
Une fois arrivés, on nous installe dans la salle de travail directement. Deux grandes surprises, des bonnes : d’abord le lit qui me surprend par sa taille, il est très large, c’est génial, j’ai toute la place que je veux là-dedans !! Et puis je rencontre la sage-femme qui s’occupera de nous, je la connais pour avoir travaillé avec elle et je sais que elle est formée en acupuncture. Je suis ravie, la chance était mince, c’est la seule sage-femme de cette maternité qui y soit formée, et moi je suis très sensibilisée à l’acupuncture, je savais dans mes rêves que je voulais que ce soit elle, et la chance est avec moi, c’est un bon signe, je suis réellement ravie !!
Premier examen, je suis à 3 cm, mon col est favorable, on peut donc directement me perfuser pour déclencher les contractions, c’est bon signe. Un monitoring met en évidence quelques contractions, c’est plutôt bien parti. Les contractions ne me font pas mal du tout, un serrement, à peine une sensation de début de règles… Je suis confiante.
Au fur et à mesure que la perfusion fait son effet, les contractions se font plus présentes, je les sens réellement sans avoir à vérifier sur le monitoring qu’elles sont bien là. Mais la douleur, elle, n’a rien à voir avec « les douleurs de l’enfantement » telles que je me les représentais. Ce n’est que le début, je le sais, mais ça avance progressivement et je sais que je supporterai, je suis confiante, chaque douleur me fait sourire parce que ça va dans le bon sens, je me sens bien, je suis contente.
Vers midi, alors qu’elle a déjà augmenté la dose deux fois, Estelle (c’est la sage-femme) m’examine à nouveau, je suis toujours à 3 cm, presque 4, mon col a bougé, mais c’est pas grand chose ! Je commence à calculer l’heure de l’accouchement quand elle m’arrête : l’ocytocine met un peu de temps à vraiment commencer le travail, ça n’avancera pas tout le temps à ce rythme, que je me rassure, ça va s’accélérer à un moment. Ouf, c’est vrai que l’annonce du 3 cm à nouveau m’avait un peu découragée…
Les contractions se font de plus en plus présentes. Gabriel est très présent, il me masse les pieds, le dos, le cuir chevelu, sans que jamais je ne demande rien. Il est là où j’ai besoin de lui, sans que je demande. Il se fait également discret, il est parfait. Je me fais la remarque que certaines femmes réussissent sans leur mari, et je me demande comment elles font. Ce qui est sûr, c’est que moi, je n’aurais pas pu.
Le travail a vraiment commencé, maintenant. Je passe de 4cm à 6, puis 8 cm en l’espace de 3 heures. Les contractions sont vraiment douloureuses. Je souffle, je gémis, j’émets des sons graves qui me permettent de les gérer. Puis je commence à perdre pied. Je cris que je n’y arrive pas, que je ne suis pas courageuse, je me sens nulle, j’ai honte de moi. Mais entre chaque contraction quand je regarde mon mari je vois l’admiration. Estelle reste dans la salle avec nous, elle me dit que je gère super bien malgré mes réticences. Elle m’assure que franchement j’ai de quoi être fière. Comme convenu dans mon projet de naissance, personne ne me propose la péridurale, j’avais prévenu que, étant médecin, je saurais la demander si besoin, que j’avais besoin de pouvoir exprimer ma douleur sans qu’on me dise de la faire taire. Et c’est ce qu’ils font tous, naturellement. L’accompagnement est parfait. Estelle me pique quelques points d’acupuncture de temps en temps. Le dos, les poignets, les chevilles, les pieds. Elle me prévient au début, puis finit par ne plus me déranger avec ces détails. Et tant mieux en fait. Elle est parfaite, là où j’ai besoin d’elle, très présente. J’ai la chance d’être la seule à accoucher…
Je m’accroche à Gabriel, lui déformant son T-shirt (je m’en excuse d’ailleurs mais on est d’accord, on s’en fout du T-shirt).
Estelle m’explique que le travail avance par paliers, que les contractions se font de plus en plus douloureuses selon ces paliers et que je m’habitue petit à petit. Malheureusement, chez moi le travail avance vraiment vite et je n’ai pas le temps de m’habituer à la douleur avant qu’elle ne s’accentue.
Je me souviens avoir crié que mon ventre allait exploser, et l’avoir soutenu alors que Gabriel et Estelle m’assuraient qu’il n’exploserait pas (au final ils ont eu raison).
Entre les contractions j’ai peur qu’on m’ait entendu mais Estelle m’assure que non. Je ne saurai jamais si les murs sont très bien insonorisés ou si on m’a menti pour me rassurer, mais c’était rassurant et ça suffisait. J’ai honte de moi, je ne gère rien du tout, je voulais tellement être forte et je me sens si faible. Je ne comprends pas l’admiration de Gabriel qui me répète que je suis si forte, et belle, et qu’il m’aime… Je ne comprends pas mais ses compliments sont tellement bienvenus. Et son visage me prouve sa sincérité, il est tellement ému !
Vers 16h les contractions deviennent tellement douloureuses qu’aucune position ne me convient plus. Je suis à 8 cm, j’ai envie de pousser à chaque contraction. On m’a fait allonger pour l’examen, et je n’arrive plus à bouger, les contractions sont trop rapprochées. Je reste allongée sur le dos, j’y suis j’y reste.
J’avais si peur avant l’accouchement de vider mes intestins sur la table… Peur justifiée, c’est pire que ce que je croyais. Mais personne ne m’en fait le reproche, bien au contraire. J’ai pourtant tellement honte ! Ça pue, et je demande à Gabriel de me donner un peu d’huile de massage qui sent bon pour ne pas que je sente l’odeur, ce qu’il fait. Tout le monde agit de manière très naturelle, sans gène ni honte, ça me soulage. Estelle me fait (plusieurs fois, bien obligée) une toilette, rafraichissante.
J’ai besoin de m’appuyer les jambes, elle m’installe sur un grand cercle pour m’appuyer. J’ai besoin de tirer sur quelque chose avec mes bras, on m’installe un drap derrière moi pour le faire.
J’ai besoin d’avoir un objectif. Depuis le début du travail je demande une estimation. Quand est-ce que j’accoucherai ? Combien de temps ? Pauvre Estelle qui ne sait pas quoi répondre. Elle tente de petites blagues en surestimant volontairement le temps qu’il me reste (« encore 3 heures »), suffisamment visiblement pour que même dans mon état je comprenne qu’elle n’est pas sérieuse. Elle s’excuse en m’expliquant qu’elle ne peut pas me fournir une estimation, que tout est différent d’une femme à l’autre.
Puis vient le moment de la poussée réellement. Une sensation éprouvante, très puissante, comme un vomissement, je ne peux rien faire pour le contrer, je ne peux plus parler, plus respirer à ce moment, je ne peux que pousser, et sentir cette poussée en bas de mon ventre et la douleur devant mon ventre. Ça m’aveugle, c’est horrible. Je n’ai pas d’autre mot. J’ai l’impression de m’ouvrir, et pas dans le sens doux. J’ai l’impression qu’entre mes jambes tout se déchire, tout s’écarte. Sans la péridurale, j’ai au moins la chance de comprendre que je pousse parfaitement bien, je sens la tête du bébé qui se fraye un passage vers la sortie, je sens très bien son passage, je sais qu’il va au bon endroit. Ça brûle, tellement fort !! Je ne veux plus pousser, j’ai tellement peur. Entre chaque contraction je veux absolument revenir en arrière, je ne veux plus pousser, je suis en train de me déchirer toute seule, je suis en train de me mutiler, il n’y a plus de retour en arrière possible, j’ai une trouille d’enfer, je pleure, ou je veux pleurer, mais je n’y arrive pas, je crie, aucune larme ne peut couler, je crie au secours. Je sens Gabriel totalement désemparé de me voir souffrir sans pouvoir rien faire, je suis désolée pour lui, j’aurais voulu qu’il me voit forte, et je ne veux pas le faire souffrir lui-même, moralement plutôt. Je m’excuse et il me dit qu’il n’a jamais été aussi fier de moi. Je ne comprends plus rien, j’ai l’impression qu’on n’est pas dans le même monde. Dans le mien, je ne gère rien, je suis nulle, je hurle, j’ai peur, je refuse d’avance, je suis comme une gamine apeurée… Dans le sien je suis belle et forte.
J’ai besoin de savoir, encore, et Estelle essaye d’esquiver la question, encore, mais elle finit par comprendre qu’il me faut une réponse. Alors elle estime que peut-être, en 5 poussées, je peux le sortir. J’avais besoin d’une limite, d’une ligne d’arrivée pour aller jusque là. Je n’ai pas réussi en 5, mais en 6 poussées. Je suis persuadée que ça aurait été plus si elle ne m’avait pas donné d’estimation.
5 poussées…
Je me force, je suis obligée d’aller jusque là, je ne peux plus revenir en arrière. Et puis mon corps fait tout tout seul, il m’oblige à avancer. J’ai beau ne plus vouloir, j’ai beau hurler non et au secours, à chaque poussée je pousse avec, et je sens mon corps qui s’écarte et qui se déchire… Quelle peur !! Mais j’y suis obligée !
Estelle me propose de sentir sa tête avec ma main. J’essaye plusieurs fois mais je sens un petit monticule poilu, pour moi ce n’est pas une tête, ce n’est pas un bébé, ce n’est encore qu’un truc qui me fait mal. J’ai honte de cette pensée.
Et soudain je sens mon ventre qui tombe en même temps que tout brûle et se déchire, que son corps sort de moi et que Gabriel me regarde et regarde son fils naître avec ce visage que je n’oublierai jamais. Souriant, pleurant, bouche ouverte ébahi, il est l’image que je garde gravée de mon accouchement !
Comme nous l’avons précisé dans notre projet de naissance, c’est à Gabriel qu’il revient de prendre bébé dans ses bras pour la première fois, et c’est lui qui réunit notre famille et me le présentant. C’est impressionnant ce qu’il est beau et calme, notre fils.
On nous demande comment il s’appelle et je laisse Gabriel décider : ce sera Clément. Ça me plait, c’est ce que je voulais. C’est notre bébé qui a décidé son prénom, qui ne figurait même pas sur notre liste de préférences au début de la grossesse…
Puis alors que toute la partie dont on parle (la grossesse, l’accouchement) est terminée, les difficultés ne le sont pas : il faut faire sortir le placenta, mais j’ai eu trop peur, je ne veux plus pousser. Estelle me dit ok, elle attend juste. Mais le placenta ne sort pas vite et Estelle me demande de pousser un peu, quand j’ai une contraction, pour l’aider. J’accepte, terrorisée, mais il sort avec une petite poussée et sans me faire mal. Juste une drôle de sensation.
Puis elle m’examine et m’annonce qu’elle a quelques points à faire.
Là encore j’ai besoin de précision, et là encore, elle ne peut pas m’en donner : on verra bien combien de points elle devra faire.
J’ai une grande déchirure en croix, intra-vaginale, et elle doit y voir clair. Elle me rentre donc plusieurs compresses dans le vagin, c’est douloureux. Et puis elle m’injecte de la xylocaïne pour m’anesthésier, mais me prévient que ça m’empêchera de sentir l’aiguille, pas la pression et les fils.
J’ai rendu Clément à Gabriel, je refuse de lui transmettre ma peur et ma douleur. Je suis persuadée que ce nouveau-né est une petite éponge à émotions. Je veux qu’il prenne l’amour et l’admiration de Gabriel, je ne suis encore qu’une épave. Il est en peau-à-peau avec son père, tout calme, le regardant de ses grands yeux ouverts, c’est parfait. Et de temps en temps je peux tourner la tête et voir les deux hommes de ma vie.
Pendant une heure Estelle me recoud. C’est très douloureux et pourtant elle ne lésine pas sur l’anesthésie locale. Mes parois vaginales sont très friables et elle doit d’y reprendre à 3 fois pour la suture interne. Puis elle fait les deux déchirures externes. Enfin c’est terminé et elle me nettoie, pendant que Gabriel me donne notre fils et que Clément finit par chercher le sein.
J’ai souvent entendu parler du reflexe de fouissement qui permet aux nouveau-nés de trouver le sein tous seuls… J’aurais aimé le voir, mais mon réflexe à moi, à voir mon fils qui cherche mon sein, a été de le lui donner… Il tète immédiatement, la sensation est incroyable ! Je suis extrêmement surprise de sentir l’absence de douleur ! C’est tellement merveilleux après toute cette douleur !!! Je suis heureuse, mais encore tremblante de peur. Nous téléphonons à toute la famille, en leur annonçant la naissance.
Katia l’auxiliaire de puériculture apprend à Gabriel à habiller son fils, ses premiers vêtements !
On reste dans la salle deux bonnes heures, j’ai mal, on me donne un doliprane intraveineux. Je touche en bas, c’est tellement gonflé que j’ai l’impression que la tête du bébé est toujours là. On nous emmène dans notre chambre, me lever est très douloureux, mais l’anesthésie agit encore, je crois, je ressens plus de la pression que de la douleur vive.
Les suites de couches seront très difficiles. On n’en parle pas dans les bouquins, je ne sais pas du tout à quoi m’attendre.

Les suites de couches

Arrivés dans la chambre, nous nous installons. On en a discuté, Gabriel ne restera pas avec moi cette nuit. Il reprendra des forces pour être vraiment présent pour moi pendant la journée. Et puis il ronfle, on a entendu dire que la première nuit pouvait être tranquille, il ne veut pas risquer de m’empêcher de dormir si bébé me laisse, lui, dormir.
C’est notre décision à tous les deux. Je ne suis pas seule, il y a toute une équipe prête à venir au moindre problème, c’est mieux qu’il aille se reposer, et qu’il câline le chat que nous avons délaissé et qui a bien dû sentir la fébrilité de notre départ ce matin…
Il n’a pas mangé, il n’y a pas de plateau prévu pour lui (on pourrait probablement en demander mais bon, on ne le fait pas), il part chercher à manger et revient après pour faire un bisou avant de partir.
Pendant qu’il est parti, j’ai envie de faire pipi, mais je ne veux pas laisser bébé seul, même si les toilettes sont dans la chambre. J’appelle donc, et une auxiliaire reste donc dans la chambre avec lui. Et c’est la première horreur ! Faire pipi me fait atrocement mal ! Ça brûle, ça pique, et ça n’en finit pas. À chaque fois que je crois que c’est fini, ça ne l’est pas, c’est en fait moi qui me crispe. Je pleure, je gémis, c’est horrible. L’auxiliaire me dit de me passer le jet de douche, mais je ne comprends pas avant d’avoir fini (je le ferai pour la prochaine fois, et en effet, ça soulage). Quand Gabriel revient, à cause de cette « mésaventure », je pleure et pique ma première crise, je lui avoue en larmes que je ne veux pas qu’il me quitte, il faut qu’il reste dormir ici, ce serait trop dur d’être seule.
Il accepte illico, je n’ai même pas le temps de finir de pleurer (je le fais quand même, je ne contrôle plus rien), on demande un lit de camp mais il n’y en n’a plus ; je téléphone à une amie pour qu’elle ramène une couette, oreiller et matelas. Gabriel finira par préférer dormir sur le fauteuil, inclinable, avec un repose-pieds.
Ce moment m’a totalement déstabilisée, je ne pense plus qu’à ma douleur, je n’arrive pas à voir mon bébé, je ne me sens pas mère, et ces émotions me font justement sentir mauvaise mère. Il est où cet amour inconditionnel qui doit tout me faire oublier, que je suis sensée ressentir immédiatement pour mon bébé ? Il est où le fameux instinct maternel ? Je n’oublie rien de la douleur, de la peur de mourir et de tout déchirer. J’ai mal en permanence, il me suffit de me tourner légèrement dans mon lit pour manquer de crier de douleur. Je ne peux même pas faire pipi sans avoir mal !!
Je revis des moments de l’accouchement, les pires, comme les répliques d’un séisme, et je sens les larmes et la panique affluer à chaque fois.
Oui, je suis contente d’avoir accouché, je suis contente d’avoir un bébé, dans la théorie. Mais ce bébé que je vois, même si beau (parce qu’il l’est), j’ai beau le trouver adorable, je n’arrive pas à sentir que c’est mon fils. Et cette pensée me fait honte.
Dans la nuit, j’avoue enfin ces pensées à Gabriel, qui encore une fois ne me juge pas, et ça me soulage un peu… Plus tard dans la nuit, il me propose de me donner Clément dans mon lit, et je dors quelques heures avec lui (enfin il dort, moi je le regarde). Les sentiments arrivent doucement, et je finis par comprendre. Il me l’a donné dans les bras pour que je le protège, pour que je le sente contre moi, pour que je me sente enfin mère… Et ça commence à fonctionner. Le processus est long, j’ai mis 9 mois à me faire à l’idée que j’étais enceinte et qu’un bébé vivait en moi, l’accouchement est plus brutal, et il faut un temps d’adaptation… mais Je commence enfin à le sentir, ce bébé est le mien, je suis maman… Et je me sens plus amoureuse que jamais aussi, en tant que femme. Gabriel est le mari parfait, il a été parfait durant l’accouchement et il est parfait là aussi, à ne jamais juger, à toujours être là où il faut, à avoir de bonnes idées, simples, à me faire me sentir mieux. Pourtant il se sent inutile. Mais il est celui qui a fait de moi une mère, trois fois pour le même bébé ! Lorsqu’il me l’a fait, ce bébé, lorsqu’il m’a aidée à le sortir de mon ventre, et lorsqu’il l’a fait rentrer dans mon cœur, cette nuit-là !
À la maternité, je suis parfaitement bien entourée. Je continue à avoir vraiment mal, mais j’avance : un jour je fais pipi sans douleur, un jour je réussis à prendre une douche, un jour je change la moitié d’une couche (Gabriel prend le relai parce que debout je finis par ne plus tenir), le dernier jour je parviens même à donner son bain à Clément, toute seule et du début à la fin ! Les équipes sont adorables et m’accompagnent vraiment bien ! Elles répondent à toutes mes questions et surtout à mes angoisses, dont la plus présente est ce qu’il arrivera quand je devrai aller aux toilettes, pour faire caca. J’ai une trouille bleue de ce moment là ! Et plus il tarde à arriver pire c’est. On me rassure tous les jours quand je pleure d’angoisse en en parlant. Ce moment n’arrivera qu’une fois rentrée à la maison, mais ça se passera finalement bien, sans douleur aucune, malgré les obstacles (hémorroïdes)…
Tous les soirs je pleure au moment où Gabriel me quitte pour rentrer chez nous. Il ne peut pas passer ses nuits à se casser le dos sur un fauteuil, si l’un d’entre nous peut dormir autant le faire, je refuse qu’il reste, mais quand il s’en va je me sens perdue et vraiment si faible…
Puis vient le départ pour la maison. Je suis heureuse de rentrer, je me sens enfin maman, j’ai l’impression que la guérison pointe son nez, puisque je commence à marcher, même si ça fait mal, à peu près droite…
Une fois à la maison, le moral joue du yoyo : la guérison ne va pas si vite. Les toilettes chez nous ne sont pas équipés d’une douche, ça brûle donc à nouveau en faisant pipi, même si j’utilise un brumisateur. Le lit n’est pas médicalisé, je dois donc beaucoup plus bouger, et ça fait mal. Je perds toujours beaucoup de sang, les fils tirent, je tiens très mal assise.
J’avais ce fantasme d’une balade en landau une fois rentrés à la maison, d’aller faire le marché avec mon bébé tout neuf… Deux semaines plus tard, je n’ai encore rien pu faire de tout ça, j’ai trop mal, je reste convalescente à la maison, avec peu de sommeil, un bébé dont j’ai l’impression de mal m’occuper (je suis par exemple incapable de me lever pour le bercer, tout simplement, et je sais que je lui transmets ma douleur et mon stress à chaque tétée, parce que je dois changer de positions pour le faire et que ça fait mal), et un mari que j’ai l’impression d’exploiter. Je me sens moche, faible, coupable et honteuse. Tous ces sentiments sont en filigrane, je suis quand même capable de me sentir heureuse, mon bébé est adorable, éveillé, beau comme un cœur, une vraie source de joie !! Mais justement, je ne suis pas capable de l’être pour lui. Pour eux…
Je pourrais en discuter pendant des heures, mais rien ne se passe spécifiquement, j’ai juste toujours mal. Je perds toujours plein de sang. Et quand je crois que ça s’apaise, ça revient pire. J’ai mal au ventre aussi. Je commence à m’inquiéter, ce n’est peut-être pas normal… Je téléphone à la maternité, qui me dit de consulter si ça ne se tarit pas au bout de deux semaines.
Deux semaines pile après l’accouchement, je veux donc être au minimum rassurée. Nous partons pour la maternité, avec chacun une peur : Gabriel a peur pour moi, il a surtout peur qu’on me dise que l’accouchement a fait trop de dégât et qu’il n’y en aura pas d’autre. Je sais que ce n’est pas possible, je le rassure. Pour ma part, j’ai peur que les fils aient lâché et qu’il faille recommencer. J’ai aussi peur que l’utérus ne soit pas vidé et que j’aie besoin d’une révision utérine. Les trouilles dues au métier, quand on sait ce qu’il peut arriver de pire.
Au final, en effet un fil n’a pas tenu, mais il n’est pas besoin de le reprendre, l’interne me prescrit seulement des ovules de cicatrisant et d’autres d’antiseptiques. J’ai la trouille de mettre ces ovules, de toucher, de risquer d’arracher d’autres fils, d’avoir mal.
Je finis par le faire, et là encore, plus de peur que de mal, je n’ai d’ailleurs pas du tout mal.
Dès le lendemain, le soulagement est immense !! Nous avons RDV chez l’ostéopathe avec Clément, et j’y vais à pieds, avec le landau, comme j’en rêvais !! Un prochain accouchement me paraît à nouveau envisageable (même si pas tout de suite), faire l’amour aussi (pareil). Je revis ! Ce n’est pas encore fini, je le sais, mais la guérison a repris son avancée, et je peux enfin bercer mon fils debout, le prendre en écharpe, le promener en landau… Être une mère !
Je refuse cette idée selon laquelle on oublie les douleurs de l‘accouchement dès qu’on voit le bébé, c’est faux, je n’ai rien oublié, c’est minimiser ce qu’on a subit. Mais je dois reconnaître, après plus de 15 jours, que je suis un peu moins traumatisée, et j’envisage de ne plus l’être, un jour…

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~ par docnmama sur 11/04/2013.

19 Réponses to “Récit de mon accouchement”

  1. Il y aura autant de récit d’accouchement que de grossesse mais on se retrouve toujours dans une petite partie du récit des autres 🙂 Un vrai bon en arrière pour moi.
    Tu as eu raison de coucher tes mots (maux ?) rapidement pour les conserver « brut de pomme ». Ton histoire est troublante dans la sincérité qui s’en dégage et on y apercoit un « toi » mise à nue ,sans termes médicaux pour se cacher, sans lecture à citer ou à commenter … Juste toi et ton ressenti et perso c’est ce qui me touche le plus.

    Je te souhaite une très belle aventure à 3. Apprend à connaitre ton petit Clément, à redécouvrir ton corps de femme et surtout n’hésite pas à nous faire partager ton quotidien ♥

    • J’ai effectivement écrit brut de pomme, tout d’un trait sans réfléchir, et moins à chaud que je ne l’aurais pu (j’ai attendu d’entrevoir un avenir pour moi, pour mon corps, pour mon couple, d’voir commencé à guérir un peu)…
      Mon petit Clément, par contre, est la preuve que c’était un mal pour un bien, il est génial et parfait !! 😀
      Merci de tes mots doux, ça fait du bien…

  2. J’avais aussi écrit le récit de mon accouchement à l’époque… En lisant le tien, même s’ils sont complètement différents, je revis beaucoup de choses…

    Même si j’avais la péridurale, je l’avais très faiblement dosée et je n’ai jamais appuyé…
    J’ai senti les poussées, j’ai crié à la fin je ne sais même plus quoi, mais je me souviens que je ne voulais plus pousser, je ne voulais pas qu’elle sorte, parce que je sentais que tout se déchirait, et que si je poussais encore j’aurais encore plus mal et…

    Aucune culpabilité à avoir de ne pas être « épanouie, remplie d’amour » pendant ce moment là… je ne me souviens pas spécialement avoir pensé beaucoup à ma fille pendant que je criais de douleur…
    Comme tu l’avais dit dans un autre billet, on nous vend un peu « un accouchement idéal, moment le plus beau de notre vie etc. » comme on nous vend la grossesse épanouie et l’allaitement-merveilleux-sans-douleur…
    Et malgré nous, on se met cette pression toute seule, tout en sachant que nous ne devrions pas…

    Et effectivement, on ne nous parle pas des suites de couches, et même nous médecins nous n’y connaissons rien…
    Je ne m’attendais pas à avoir besoin de l’aide de quelqu’un pour aller faire pipi, ni même qu’on doive me faire penser à aller faire pipi… Je ne m’attendais pas à ce que ça me fasse mal, que ça soit si gonflé, que je trouve une petite douche de toilette si merveilleuse ^^
    Je ne m’attendais pas non plus à avoir peur d’aller faire caca 🙂

    Et je croyais naïvement à ces témoignages qui disaient « dès que je l’ai vu, je l’ai reconnu, je me suis sentie remplie d’amouuuuur… »
    Ben non. Moi je l’ai vue et… ben je savais que c’était ma fille hein, je l’avais vu sortir de moi mais… je l’ai pas reconnu non. Je me suis pas sentie remplie de quoi que ce soit, si ce n’est de la main de la sage-femme pour une révision utérine…
    Personne ne te dit ça, que parfois il faut un peu de temps pour se reconnaître et apprendre à se connaître. Moi il m’a fallu au moins le séjour à la maternité pour que ces sentiments se développent petit à petit.

    Le retour à la maison soit disant tant attendu, il m’a déboussolé, parce que je me sentais paumée dans cet appartement si grand, je voulais retrouver la « sécurité » de ma petite chambre d’hôpital….

    Et oui on le sait que ça sera jamais idéal-comme-on-l’a-rêvé, mais on ne peux pas s’empêcher d’être déçue et de se sentir nulle, parce que je n’ai jamais eu les promenades en écharpe dont je rêvais, parce que ma fille, ben c’est pas comme dans les magasines, elle aimait pas spécialement être portée en écharpe etc.

    La vue de notre enfant n’efface pas la douleur de l’accouchement, mais elle s’efface quand même petit à petit… Si le jour même j’ai crié « je n’accoucherais plus jamais elle sera fille unique ! » ben finalement…. 😉
    Le plus beau jour de notre vie, non je ne dirais pas ça.

    Mais un des plus forts oui oui vraiment. Fort en émotions, en plein d’émotions différentes d’ailleurs. Tellement d’émotions que j’ai quand même dit, 2-3 jours après, alors que ça m’a paru siiiii long, si douloureux…. « oh, c’est déjà fini », ma petite bulle avait éclaté, il était temps de rejoindre le monde réel 😉

    Je vous souhaite tout plein de bonnes choses, ces débuts cahotants, c’est normal, vous allez apprendre à vous sentir bien tous les trois !

    • Merci de ton commentaire, il fait chaud au coeur, en fait ça m’aide encore d’avoir écrit tout ça et de lire vos réactions…
      Quant aux suites de couches, ça donne envie carrément d’écrire un bouquin, que d’autres femmes soient préparées…

  3. Bravo pour ce récit, brut de décoffrage, honnête et courageux. Et Bravo pour ce que tu as fait, réussi.
    J’ai aussi été frappée par l’écart de perception pendant l’accouchement, entre moi qui me sentait comme une loque et tout le monde qui me trouvait géniale… Je suis heureuse en tous cas que malgré tout tu puisses envisager un autre accouchement… Avec le recul, aurais-tu fait les choses autrement (péri ou pas, position & cie etc)?
    En tous cas ça montre bien que l’on est jamais prête. Ma gynéco, enceinte visiblement lors de ma visite post-partum m’a dit qu’elle -même s’était retrouvée très démunie lors de son premier accouchement….
    Bravo encore pour ce que tu as fait, ce que vous avez fait en tant que famille!

    • Oui, avec le recul j’aurais fait un truc différent : la position. Je m’en suis voulu de ne pas pouvoir changer de position sur la fin, alors que je savais pertinemment que ma position (gynécologique) était la pire possible pour accoucher, mais j’étais incapable de bouger. Ma sage-femme m’a aidée à en tirer le meilleur parti en me faisant serrer les genoux et descendre les pieds, mais changer réellement de position, j’en étais incapable, j’avais peur d’avoir plus mal dans d’autres positions, et je n’avais plus le temps entre les contractions pour chercher la bonne position. Si c’était à refaire, je lui demanderais de m’examiner direct en position sur le côté, histoire de moins solliciter mon périnée, je suis sûre que c’est à cause de ça que j’ai tant déchiqueté mon périnée et mon vagin…
      C’est aussi à cause de ma peur, j’ai dû inconsciemment serrer, mais ça, c’est impossible à changer, alors…
      Concernant la péri, j’avoue que je n’en sais rien. pour le prochain bébé, je la veux, c’est certain, mais quelque part je suis contente d’avoir connu un accouchement sans péri, alors…
      Merci de ton commentaire, ça me confirme dans mon idée que j’ai bien fait de poster mon récit, ton commentaire et les autres me font chaud au coeur, c’est aussi un pas dans la guérison, non de mon corps, mais de ma peur et de mon traumatisme…

  4. Tiens docnmama, il y a une thèse sur le vécu du post partum avec étude qualitative (sur lyon ou toulouse je crois) .
    Je me la suis farcie y a pas longtemps 😉 Ça permet de voir qu’il y a effectivement beaucoup de demande des mamans que ce soit sur l’allaitement mais aussi sur les suites de couches à proprement parlé ,le changement du corps, la fragilité psychologique post accouchement.

    Morrigane

  5. Et bien!
    En tout cas, ton mari a raison, tu as été formidable.
    (et pour le pipi qui brûle, je compatis très fort. J’ai connu aussi, (mes points avaient trop bien cicatrisés, il a fallu « rouvrir »…) rien qu’en te lisant, je serre le périnée…
    La phase où tu dis que « non, tu arriveras pas, tu veux pas pousser » etc, ça ressemble aux descriptions que j’ai lu aux Vendredis Intellos de la phase de désespérance.
    Et bravo pour le texte, c’est courageux de s’exposer ainsi, dans un moment aussi personnel. (et c’est bien aussi de montrer le coté moins « glamour » de l’accouchement. 😉 )
    (Et bienvenue à Clément et bravo au papa de son soutien génial!)

  6. ton texte est beau parce qu’il contient ton vécu. Il est utile aussi parce que les récits habituels d’accouchement sans péridurale que je lis parle de révélation, bonheur et étincelles. Il est bien de lire aussi que la douleur peut effrayer et constituer quelque chose de dévastateur. La douleur des suites du couche me rappelle mes déchirures à moi, et je vais donc te rassurer: on arrive à les oublier et à vouloir refaire un enfant ensuite! Et pour les rapports, une période assez longue de difficultés mais avec de la patience et une crême, les choses reviennent pour le meilleur! Bon courage pour l’allaitement, les débuts sont souvent difficiles, mais les 3 premiers mois passés, c’est un vrai bonheur!

    • Oui, c’est ce que je me suis dit aussi ! Ah merci, enfin un texte qui dit « moi j’ai accouché sans péridurale et c’était dur, j’en garde pas un merveilleux souvenir et je pense pas que je recommencerais » !

  7. Pour quelle raison ton travail a-t-il été déclenché? Ton bébé était-il en souffrance? Car le dépassement de terme, ce n’est pas une pathologie en soi et c’est tout de mieux de laisser le bébé choisit son heure. Tu sais sans doute que le syntocinon induit des contractions beaucoup plus brutales, violentes et douloureuses que lorsque le travail se déclenche de manière spontanée. D’autre part, l’injection d’ocytocine de synthèse inhibe la production d’ocytocine naturelle, cette « hormone de l’amour » qui joue un grand rôle dans le processus d’attachement mère-enfant dans les instants qui suivent l’accouchement… Ceci explique peut-être cela… Accoucher sans péridurale, OK, mais c’est quand même plus cohérent (et moins douloureux!) lorsque cela s’inscrit dans un projet plus global d’accouchement physiologique…

  8. merci pour ce témoignage vrai, je suis à 6 mois et ne cesse de me poser des questions sur mon accouchemet.
    En revanche, ne crois tu pas que tu devrai demander à ton homme, qu’il couche lui aussi sur le papier comment il a vécu ton accouchement, car alors peut être le verrai tu différement, lui a l’air d’avoir été épaté, peut être le ressentirai tu s’il te le raconter de son point de vue ?

    • Trois mois après, tu devrais accoucher bientôt ou avoir déjà ton petit bout avec toi…
      Comment vas-tu ?
      J’espère avoir pu un peu t’aider avec mon récit, et surtout, trois mois après, je peux te l’assurer maintenant : on s’en remet. J’ai encore quelques trouilles (je n’ai notamment pas remis « le pied à l’étrier », si tu vois de quoi je parle), mais j’envisage sereinement le prochain (pas tout de suite), et peut-être même sans péri aussi, je ne sais pas.
      Toujours est-il que je n’ai presque plus mal, que l’accouchement m’a transformée, c’est sûr, mais pas de séquelles à vie comme ce que je croyais… C’est une belle aventure ! Tiens le coup, les suites de couche c’est dur, mais ça se termine…

  9. Merci pour ce récit, très beau…j’aime beaucoup ton style d’écriture.
    Coïncidence j’ai accouché le même jour d’un petit Paul… sans péridurale… moi aussi j’ai écrit mon accouchement et celui de sa grande sœur.
    En lisant ton récit je me suis aperçue qu’il manque une partie au récit de mon 1er accouchement (en janvier 2011 -sans péri avec déclenchement- accouchement accroupi au sol), c’est « les suites de couches », et je pourrais faire un copier coller de ton récit… cela me donne envie de rajouter cette partie, je vais y travailler, je n’ai pas oublié: une heure de couture et une cicatrisation qui a durée des mois… pour finir à 7 mois de grossesse du bébé 2, le gynéco a enfin validé ce que je disais depuis le début… on ne m’a pas recousu les bons morceaux ensemble!

  10. 2 jours après avoir accouché de ma 2ème fille, sans péri, j’ai repensé à ton récit tellement j’ai eu l’impression de vivre la même chose ou presque… à savoir absolument pas l’accouchement merveilleux et naturel tant vanté.
    Ce qui m’a paru le plus paradoxal c’est que je m’attendais à ressentir « le contrôle » qui est à priori rechercher dans les accouchements sans péri : sentir la progression, avoir la maitrise de son accouchement, le vivre et non le subir passivement etc.

    Au final j’ai tout autant senti lors de mon 1er sous péri, et je n’ai rien contrôlé du tout. La douleur m’a contrôlé, m’a envahi, et moi je n’ai rien géré du tout. Ni la position puisque comme toi je n’arrivais même pas à bouger, la progression puisque je luttais contre ou presque. Je n’ai rien contrôlé du tout, j’ai été submergée et c’est violent vraiment.

    Je peux dire que j’ai connu les deux, voilà. Mais contrairement à beaucoup de témoignages que j’ai lu, je ne souhaite pas recommencer la prochaine fois, enfin au jour d’aujourd’hui.
    Peut être que ça va évoluer, il y a deux jours je ne voulais plus jamais accoucher de ma vie, là je l’envisage de nouveau.
    Peut être que dans quelques mois le négatif aurait été flouté et effacé, c’est ce qui s’est produit pour mon premier accouchement aussi, mais je ne sais pas si j’oublierai la panique, le désespoir (même si j’étais prévenue pour la fameuse « phase de désespérance »).

    En gros pour avoir testé les 2, je ne vois pas ce que l’absence de péri m’a apporté. Je dois encore prendre du recul.

    J’espère depuis que toi ça va, et que votre vie à 3 vous apporte plein de bonheur.
    Quelques mois plus tard quel regard as-tu sur ton accouchement ?

    • Quelques mois après, mon regard sur mon accouchement a bien changé : je m’en suis bien remise, j’ai un bébé adorable, et surtout, je n’en garde pas de séquelles irréparables, ce qui me faisait un peu peur, j’avoue, vu les dégâts sur mon périnée (et surtout le fait que personne n’en parle, donc je me croyais bcp plus grave que les autres).
      J’envisage un bébé 2 (pas tout de suite, mais il viendra) avec sérénité, il est programmé pour après la fin de mes études.
      Merci pour ton témoignage sur l’accouchement avec péri par rapport au sans péri, j’avoue que c ma trouille sur la péri, me sentir dépossédée de mon accouchement, ne pas sentir grand chose…

      Je suppose que tu as entendu le fameux « on oublie la douleur »… Je me battais contre ce principe, je le refusais après l’accouchement. Force est d’admettre, aujourd’hui, que ça se floute, comme tu dis, le négatif s’efface petit à petit, tu te souviens que tu as eu mal et peur, mais la douleur et la peur, le concret, ils ne sont plus là.
      Bon courage

      • Oui comme toi je m’énervais contre le « on oublie la douleur, seul le bonheur d’avoir son bébé reste » et aujourd’hui encore je ne dirais pas ça à quelqu’un qui me demande…
        Mais effectivement, et je suis persuadée que les hormones y jouent un rôle, le négatif s’efface, et dans mon cas assez rapidement tant les suites de couches ont été hyper simples et rapides (je ne fais aucun lien de cause à effet sur le rôle de la péri mais c’est comme ça)
        Je me souviens que j’ai eu mal, je sais que je n’ai jamais eu aussi mal de toute ma vie, je me souviens que j’ai crié, pleuré, sangloté, que j’étais complètement paniquée et dépassée… mais c’est flou, les émotions négatives ont été balayées et seule reste l’intensité de ces moments…

        Les expériences sont tellement différentes d’une femme à l’autre concernant la péri : je sais que pour ma part il m’a mis un très faible débit et que je n’ai jamais ré-appuyer sur le bouton, je VOULAIS avoir mal. La péri a atténué la douleur, et surtout m’a détendue je crois, ce qui fait que j’étais beaucoup moins crispée et « en lutte » contre l’avancée du travail, j’accompagnais beaucoup mieux les contractions (paradoxal quand on sait que c’est ce qui est habituellement reproché à la péri). C’est vrai qu’une de mes jambes était un peu engourdie ce qui aurait probablement empêché une position à 4 pattes ou accroupie si je l’avais voulu ; mais j’ai pu faire
        Ma soeur dans presque les mêmes conditions et la même mat m’a dit n’avoir rien senti du tout…
        J’ai visiblement eu la péri dont tout le monde rêve, et je pense que je ne suis pas la seule à en avoir une bonne expérience, comme quoi c’est possible ; mais je ne suis pas sûre qu’une prochaine péri sur moi sera tout aussi bien dosée…

        Comme toi j’évolue, je passe d’initialement « plus jamais j’accouche » à « bon d’accord mais avec péri, plus jamais ça ! » au bout de quelques jours, puis « oh pourquoi pas on verra » à 1 mois de mon accouchement… bon je pense que je n’attendrais jamais le stade « ouais c’était trop génial, la prochaine fois j’accouche à la maison ! » 😀

  11. coucou, j ai accouche il y a bientot 3 ans et je me suis bcp retrouvee dans ton recit.. tu as trouve les mots pour decrire la souffrance et le choc d un accouchement et des suites de couche difficiles. j envisage d ecrire le mien a l attention de mon entourage ( tres present mais dubitatif face a mon dialogue) ( et oui la gyneco qui hurle pdt l episio  » c est qui qui m a donne un ciseau qui coupe pas  » ca surprend )( ou l etrier qui se casse pdt une contraction)( ou etc.. ) pour qu enfin isl comprennent ce que j ai vecu … merci a toi car en lisant ton recit , j ai pris conscience que les mots avait un pouvoir … celui de se faire entendre.. pour finir sur une note moin melodramatique : on s en remet !! essai bb2…

    • Oui, je commence à comprendre qu’on s’en remet… Il me reste encore quelques étapes (surtout une, essentielle si on veut faire un bébé 2, mais je n’ai pas encore « sauté le pas »), mais je vais beaucoup mieux.
      Quant à mon récit, je l’ai écrit un mois après l’accouchement quand tout était bien frais, ça m’a fait beaucoup de bien. Si tu en ressent le besoin, fais-le toi aussi, au moins pour toi.

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